L’appellation d’origine Jambon de Huelva se nomme Jabugo

changement de nom AOP Jambon de JabugoAprès plusieurs années de litige, la Cour suprême de Madrid a échoué contre la décision du Ministère de l’agriculture qui refuse le changement de nom. Désormais, l’Appellation d’Origine Jambon de Huelva sera « Jabugo ».

Jusqu’à présent, seuls les jambons produits en Jabugo, tels que Cinco Jotas, pouvaient porter cette marque sur leur étiquette. De nombreux producteurs de la même zone (Sierra de Aracena) se sont retrouvés exclus sans possibilité de bénéficier de la puissance de cette marque de jambons Pata Negra en offrant tout de même une qualité et des caractéristiques similaires.

La municipalité de Jabugo elle-même, le Conseil de réglementation A.O.P. ainsi que les nombreux résidents et les entreprises dans le secteur porcin étaient favorables à cette modification. L’Association authentique Jabugo et deux grands fabricants étaient plutôt contre : Sánchez Romero Carvajal (le groupe Osborne), fabricant du Cinco Jotas et le Consortium de Jabugo (Agrolimen).

Côté consommateur, le changement semble positif car il simplifie le produit. Les différences de race, de nourriture et de zone de production suffisent en plus de savoir que le Jambon de Jabugo est le jambon de Huelva, mais que ce jambon ne peut être de Jabugo.

Quant à la qualité, le Conseil de réglementation devra désormais veiller à une valeur de la marque qui soit supérieure à la précédente et devra donc renforcer ses contrôles et ses filtres, sinon la catastrophe peut être considérable.

 

Quand sera effective l’A.O.P. Jabugo ?

C’est déjà le cas. La résolution du ministère acceptant et rendant effectif le changement de nom a été publiée au Journal Officiel du 1er août 2015, et le 7 Mars 2017 a été inscrite au registre communautaire des AOP et IGP.

 

Les additifs du jambon ibérique

Jusqu’à très récemment, les consommateurs étaient surtout préoccupés par la teneur en sel du jambon affiné. L’OMS recommande une consommation de 5 grammes maximum par jour (voire moins pour les enfants et les adolescents) afin de réduire le risque de maladies cardiovasculaires, bien que la norme mondiale se situe entre entre 9 et 12 grammes, soit plus du double.

Mais aujourd’hui il semble que les additifs utilisés par la plupart des fabricants suscitent plus de craintes : les conservateurs, les antioxydants, les correcteurs d’acidité…. Dans cet article, nous tenterons d’expliquer pourquoi ils sont utilisés et évoquerons les risques pour la santé.

Sel

Sel dans un bol
Sel (Gregory Bourolias)

Le sel est le conservateur le plus ancien que l’on connaisse. Sans lui, la viande pourrirait. C’est également un exhausteur de goût : un jambon avec moins de 2,5 % de sel nous semblerait insipide et aurait une texture désagréable.

Le jambon Pata Negra est celui qui contient le moins de sel d’entre tous (entre 2,5 % et 4,5 %). Il est suivi par le jambon Serrano (5%), le Bayonne (5,5 %) et le Parme (5,7 %). Le mérite revient à la génétique : la graisse infiltrée et un pH plus élevé rendent difficile la pénétration du sel.

Comparé à d’autres produits, il serait au même niveau que le fromage Roquefort ou les olives par exemple.

Comme évoqué en introduction, il a été démontré que le sel en excès augmente le risque de maladies cardiovasculaires (hypertension, infarctus, etc.), mais il est également suspecté de provoquer une insuffisance rénale et de l’ostéoporose.

Conservateurs

Les plus communs sont le nitrate de potassium (E250) et le nitrite de sodium (E252). Les nitrates et les nitrites sont utilisés depuis des centaines d’années et jouent un rôle très important en garantissant la sécurité microbiologique (en protégeant en particulier le consommateur contre le botulisme).

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) limite la quantité maximale de nitrite de sodium à 100 mg/kg et de nitrate de potassium à 150 mg/kg (directive 2006/52/EC). La quantité est si faible que la formation des nitrosamines potentiellement cancérigènes est infime. De plus, le jambon n’est pas un produit qui doit être cuisiné, auquel cas il serait soumis à des températures nécessairement élevées pour voir apparaître de tels composés (130 ºC). Ainsi, par exemple, le bacon est un produit d’affinage de courte durée que nous cuisinons à des températures élevées (de 150 à 190ºC).

Ces deux composés, non seulement nous protègent contre certaines bactéries mais altèrent également la couleur et l’arôme. La viande rougit légèrement, son arôme d’affinage se renforce et les touches rances sont réduites.

Presque tous les producteurs utilisent l’un de ces conservateurs (ou les deux). Parmi les exceptions se détachent les jambons Joselito et les jambons biologiques. Ce pari en faveur de la suppression des additifs les oblige à renforcer le contrôle du processus d’affinage, en particulier au cours des 3 premiers mois, qui représentent la période la plus propice à la contamination microbiologique. Par ailleurs, l’affinage de ces pièces est généralement prolongé de six mois et un an. Plus un jambon est déshydraté, plus la multiplication des bactéries sera difficile.

L’altération de la couleur n’est pas plus préoccupante dans le cas du jambon ibérique, puisque la teneur très élevée en zinc de ce type de viande est le principal garant de sa couleur rougeâtre. L’effet colorant des conservateurs est inutile.

En Italie, en revanche, tous les additifs du jambon de Parme et du San Daniele (excepté le sel, évidemment) ont été supprimés depuis longtemps. Et en Suisse, l’utilisation du nitrite de sodium (E252) est strictement interdite.

Antioxydants

L’acide ascorbique de sodium (E301) est généralement ajouté afin de réduire les effets indésirables des conservateurs, puisqu’il réduit l’apparition de nitrosamines. Il est considéré comme étant inoffensif, bien qu’une consommation supérieure à 10 mg par jour puisse provoquer la diarrhée et des calculs rénaux).

Acidifiants

Le citrate trisodique (E331-iii) est totalement inoffensif et aucune limite de quantités ingérées quotidiennement n’a été fixée. Il sert à régler le pH (acidité) et à renforcer le rôle des antioxydants.

Sucre (ou lactose, le sucre du lait)

Même s’il est souvent utilisé dans les saucisses, cet additif est rare dans les jambons. Il sert à masquer les notes amères de rance.

En bref, l’additif du jambon le plus nocif est le sel. Si nous partageons une portion (80 grammes) avec une autre personne, nous aurons ingéré entre 1 et 2 grammes de sel. Autrement dit, entre 20 % et 40 % des apports quotidiens recommandés, équivalent à plus ou moins aux apports contenus dans 125 grammes de pain (une demi-baguette ou le quart d’un pain de 400 grammes). Que puis-je dire ? Je préfère arrêter de manger un peu de pain et consommer une portion entière de jambon Pata Negra.

Bergers de porcs ibériques

Bien que les porcs soient toujours traditionnellement élevés dans des enclos de quelques mètres carrés, dans des zones où le gland est abondant, le pâturage de porcs était très commun à l’automne, coïncidant ainsi avec la chute du fruit du chêne.

Il s’agissait d’un moyen peu coûteux d’engraisser les animaux. Il y avait des milliers d’hectares de pâturages en Estrémadure, au nord de l’Andalousie (Huelva, Cordoue, Séville) et le sud de « Castille-et-Léon » (Salamanque, Ávila), certains appartenant à la municipalité (communaux) et d’autres privés, mais ils proposaient un droit de pâturage pour très peu d’argent.

En fait, l’existence de grandes étendues de forêts de chênes est ce qui a évité l’extinction de la race ibérique du porc Pata Negra. Cette race de porc est la mieux adaptée à l’environnement : agile, forte, capable de parcourir de longues distances, de monter et de descendre des collines, et pourvue d’une bonne couverture de graisse pour résister aux montagnes froides à environ 1000 mètres d’altitude. La plupart des porcs blancs à la productivité élevée ne survivraient pas, raison pour laquelle des races ibériques locales ont perduré dans ces zones.

Le pâturage dans l’actualité

Le berger (également appelé gardien) doit contrôler tous les animaux au quotidien et identifier les problèmes tels que la maladie, les attaques des sangliers, ou la qualité et la quantité des glands et de l’herbe. Il doit parfaitement connaître la ferme (même si elle fait plusieurs centaines d’hectares) et savoir vers quelles zones conduire les animaux. Lorsque les porcs sont encore minces et agiles, il les conduit d’abord vers des altitudes plus élevées. Ensuite, ils resteront en plaine.

Conduite de porcs ibériques entre deux zones de pâturage

Conduite de porcs ibériques entre deux zones de pâturage à la frontière entre l’Espagne et le Portugal.

La période que le porc ibérique passe sur le terrain (la glandée) est la plus critique de l’ensemble du processus d’élaboration d’un jambon de bellota. Pour 2, 3 voire 4 mois, le porc doit rester en bonne santé et manger à un rythme rapide : pas trop, ni trop peu. S’il mange trop il perdra sa mobilité et développera de la graisse en excès. Il ne voudra pas se déplacer beaucoup, et encore moins monter les collines. Il sera limité à s’allonger dans l’herbe ou la boue avant d’avoir à nouveau faim.

Par ailleurs, si aucun type de maladie, dont un animal peut souffrir, n’est détecté à temps, il n’aura plus faim et perdra donc du poids. Et si, après sa guérison, il n’y a plus de glands, la seule option possible sera de le nourrir et de l’engraisser mais son prix sur le marché baissera considérablement. En outre, le risque d’épidémie peut se propager au reste du troupeau en quelques jours.

Berger de porcs ibériques

Berger de porcs ibériques et gardien de pâturage, pendant la glandée de 2011.

Contrairement aux bergers de chèvres et de moutons, les gardiens de porcs partent généralement en glandée et sont souvent motorisés. Ils ne vont ni au rythme des animaux et ni avec eux pendant qu’ils mangent. Ils vont seulement les chercher pour les conduire à la zone de pâturage de la journée, jusqu’au coucher du soleil sans généralement revenir les chercher. Le reste du temps est principalement consacré à l’entretien de la ferme, par exemple à réparer les chemins et les centaines de kilomètres de murs en pierre qui séparent les zones de pâturage. Il est également essentiel de maintenir le pâturage exempt de mauvaises herbes et d’arbustes, qui servent d’abri aux nuisibles et détériorent la zone de pâturage.

Les porcs, à moins d’avoir très faim, ne sont pas du tout dangereux. Ils ont plus peur de l’homme et généralement ils ne s’en approchent pas. Mais, tous les bergers racontent la même histoire aux enfants : dans son village un enfant est entré dans une porcherie et les porcs n’ont même pas laissé les os. Il s’agit de la version gore de ce nous appelons officiellement les risques du métier, sans aucun doute et davantage crédible.

Produit-on le jambon de Bellota hors de la péninsule ibérique?

Un porcher fait paître un troupeau de porcs dans un bois de chênes (manuscrit illustré datée entre 1485 et 1486)
©Photo. R.M.N. / R.-G. Ojéda

En pratique, on peut dire que le jambon ibérique de bellota est seulement fabriqué en Espagne et au Portugal, mais cela n’a pas toujours été le cas et peut-être plus à l’avenir.

Les porcs mangeaient des glands dans toutes les forêts bordant la mer Méditerranée bien avant d’être domestiqués par l’homme. Les chênes-verts, dans les régions plus sèches, et les chênes-lièges dans les zones plus humides, étaient courants jusqu’à il y a quelques siècles.

Dans l’Odyssée d’Homère, la déesse et la magicienne Circé a transformé en porcs les compagnons d’Ulysse et les a nourris avec des glands. Cela suggère que dans la Grèce antique et les porcs étaient déjà nourris avec le fruit du chêne.

Déjà au XVe siècle, un célèbre manuscrit illustré appelé les « Les Très Riches Heures du duc de Berry », originaire du centre de la France, utilisait comme illustration du mois de novembre une scène dans laquelle les porcs mangeaient des glands dans la forêt (voir la reproduction au début de l’article). Il s’agit d’une œuvre du peintre Jean Colombre, datée entre 1485 et 1486.

Marco, un lecteur de ce blog, rapporte qu’actuellement en France de petites quantités de jambons de porcs nourris de glands sont élaborées sur l’île de la Corse et dans le département des Hautes Pyrénées et les régions limitrophes, près des Pyrénées aragonaises.

En Corse, ils sont élaborés avec une race locale appelée Nustrale (ou U Porcu Neru), un petit animal noir laineux, élevé en liberté pendant environ 2 ans et aussi nourris avec des châtaignes.

Le Pyrénéen vient du cochon noir de Bigorre (race gasconne), qui était au bord de l’extinction à la fin du XXe siècle. Notre Pata Negra a également connu ses pires heures dans les années 70, au siècle dernier.

La Basse-Franconie est une région de l’État de Bavière (Allemagne) où l’on commence à retrouver le berger de porcs et l’alimentation à base de glands de pâturage. Ce projet pilote démarré en 2003 est devenu à ce jour la société EICHELSCHWEIN® GmbH (littéralement  » Les porcs Bellota, S.A. « ). Le jambon de Bellota allemand de 18 mois d’affinage revient à 65 €/kg, correspondant au coût d’un jambon Ibérique de Bellota Biologique de Jabugo.

L’Italie est l’un des plus grands producteurs de jambon affiné, mais déjà au XIIe siècle ils ont cessé de nourrir les porcs avec des glands et d’autres baies sauvages et ont commencé l’élevage intensif en étable, d’après Giovanni Ballarini, le Président de l’Académie italienne de cuisine.

Cependant, après avoir constaté le succès et l’acceptation que remporte actuellement le jambon ibérique, plusieurs producteurs dans le sud de l’Italie (Naples, Sicile) retrouvent d’anciennes races locales apparentées à la race ibérique. L’exemple le plus significatif est le Prosciutto Crudo di Maiale Nero Siciliano Monti Nebrodi, élaboré à partir de cochons élevés en liberté et nourris de pâturages, de châtaignes et de glands dans les montagnes du nord de la Sicile.

Sur le versant nord de l’Atlas, au Maroc, il est aussi facile de trouver des chênes et une forêt semblable au pâturage Ibérique. L’écorce de l’arbre est utilisée dans la fabrication de colorants pour les vêtements (l’une des principales activités économiques du pays) et des glands peuvent être achetés sur les marchés locaux (pour la consommation humaine). Les musulmans ne mangent pas de porc et il n’y a donc pas de fabricants de jambons aujourd’hui, mais si la demande pour ce produit continue d’augmenter, il n’est pas exclu que certains producteurs engraissent le bétail dans cette partie de l’Afrique.

 

Jambon Serrano d’outremer

Récemment, plusieurs nouvelles relatives à la production de jambon affiné en Chine ont alerté sur une délocalisation possible du secteur similaire à celle déjà subie par l’industrie.

Les asiatiques sont des amateurs de jambon, ce n’est pas un secret. Ils ont appris les techniques espagnoles et italiennes et ont commencé à le produire à partir de porcs blancs. Il sera bientôt testé avec des porcs ibériques, comme l’a assuré un chercheur de l’Université de Cordoba dans un article paru récemment dans La Vanguardia.

Ce n’est peut pas être une bonne nouvelle pour les producteurs de jambon de Cebo (porcs nourris d’herbe et de fourrage), même si la production en Chine atteint actuellement à peine 1 % de celle de l’Espagne. Les fabricants de jambon ibérique de bellota n’ont pas à s’inquiéter, car la reproduction d’un écosystème aussi complexe que le pâturage méditerranéen est très difficile, bien que les entrepreneurs espagnols derrière AcornSeekers prétendent avoir réussi au Texas (États-Unis), et espèrent inonder le marché américain de viande fraîche et de jambons Pata Negra « Made in USA ».

11 raisons à la différence de prix entre les jambons pata negra

Nous pouvons trouver des Jambons ibériques de bellota à moins de 40 €/kg et à plus de 400 €/kg. Cette différence considérable ne justifie pas seulement la qualité du produit final mais une combinaison de différents facteurs.

1. Race

Les jambons Pata Negra de qualité supérieure proviennent de porcs 100 % ibériques dont le coût d’élevage est plus élevé que celui des croisements de races. Ils grossissent plus lentement, donnent des jambons plus petits et les portées des mères sont moins fréquentes.

2. Alimentation à la ferme

Des porcs ibériques dans une ferme
Des porcs ibériques dans une ferme, quelques jours avant de partir aux pâturages

Du sevrage à la conduite de l’animal en montagne, l’alimentation est à base de fourrage pendant plusieurs mois. Le porc ne peut passer du lait maternel aux glands d’un jour à l’autre car il a besoin d’un temps d’adaptation comme par exemple, les bébés humains. Dès qu’ils cessent de prendre le sein, nous commençons progressivement la diversification alimentaire (des céréales et des fruits), en alternance avec le biberon. Plusieurs semaines passent jusqu’à ce que le bébé essaie le poisson et la viande. Plus tard viendront les fruits secs, etc.

Pour revenir à l’alimentation animale, il en existe à toutes sortes de prix, selon la qualité de la matière première et la combinaison de céréales mais aussi les autres éléments nutritifs de la formule adoptée.

3. Âge et poids à l’entrée en glandée

La loi fixe des conditions minimales d’âge et de poids afin de pouvoir étiqueter un jambon espagnol « de Bellota » :

  • Le poids à l’entrée en glandée doit se situer entre 92 et 115 kg.
  • En période de glandée, ils doivent grossir de 46 kg minimum avec une alimentation à base de glands et de pâturages.
  • L’âge minimal du sacrifice est de 14 mois.
  • Le poids minimal individuel de la carcasse (après le retrait de la peau, de la tête et des viscères) est de 115 kg, sauf pour celui des animaux 100 % ibériques qui est de 108 kg.

Ainsi, un producteur qui respecte ces conditions minimales réussira à commercialiser des jambons à un coût de production plus faible que ceux qui ne le font pas, au détriment de la qualité, bien sûr.

4. Durée de la glandée (montanera)

Le Décret Royal 4/2014 impose que le porc reste au pâturage au minimum 2 mois, mais certains agriculteurs prolongent ce délai à 1 ou 2 mois. Parfois, ils bénéficient de deux glandées. Autrement dit, lorsque se termine la période d’alimentation à base de glands, les porcs reviennent à la ferme jusqu’à la saison suivante pour être ramenés au pâturage et manger encore plus de glands.

Plus la glandée est longue, plus les porcs mangent de glands et font de l’exercice, de sorte que le Pata Negra est de meilleure qualité. Mais cela a un coût : les bergers et les vétérinaires doivent travailler plus de jours, et le nombre de victimes augmente (par la maladie, le vol ou les attaques d’autres animaux sauvages qui vivent en montagne). En outre, le jambon requiert davantage de mois d’affinage en raison d’une qualité de la matière grasse très élevée et d’une oxydation plus lente.

5. Qualité de la glandée

Porcs ibériques
Porcs ibériques mangeant des glands au pâturage

Il y a une différence entre le fait de mettre 50 porcs dans une prairie de 500 hectares et celui d’en avoir 100. Ils consomment la moitié des glands.

Naturellement, la loi limite la densité d’animaux au mètre carré, et la densité de chênes. Les fabricants doivent donc faire appel à une société de contrôle afin de certifier la conformité de leurs pâturages. Toutefois si les producteurs respectent les limites légales de déplacement des porcs, certains d’entre eux sont plus proches du minimum que d’autres.

La qualité et la quantité de glands diffèrent selon les saisons et les pâturages. Les porcs sont très sélectifs et mangent en premier, les plus doux et les plus gros, ce qui contribue à la qualité finale des jambons et de la charcuterie.

6. Biologique Vs. conventionnel

La condition de jambon biologique (aussi appelé écologique) est probablement l’un des critères les plus important à peser sur le prix final. Le recours limité aux traitements pharmaceutiques augmente la mortalité des porcs, l’absence de conservateurs entraîne de nombreuses pertes en jambons avant la commercialisation et le coût des aliments utilisés est nettement plus élevé. Il faut y ajouter les coûts liés à la certification et au contrôle par les autorités.

La production écologique de jambon ibérique en Espagne est négligeable et comptons seulement une demi-douzaine d’acteurs.

7. Durée d’affinage

Jambons pata negra à l'affinage en cave
Jambons à l’affinage en cave

Un jambon perd entre 8 % et 10 % de son poids chaque année tant qu’il reste suspendu dans la cave (entre 7 % et 9 % pour les épaules). Il s’agit principalement de pertes d’eau. Ainsi, si une pièce est commercialisée dans les 2 ans au lieu de 3, nous pouvons réduire son prix d’environ 10 % à marge identique.

La qualité n’est naturellement pas la même. Chaque année apporte de nouveaux arômes liés à l’affinage, un goût plus prononcé et une découpe plus facile.

8. Sel

L’excès de sel est non seulement dangereux pour la santé mais il masque considérablement le goût du jambon. Les consommateurs préfèrent des jambons ibériques plus doux et moins salés, surtout ces derniers temps.

Mais que se passe-t-il si nous supprimons le sel? Deux situations peuvent se produire :

  1. La viande est contaminée et pourrit : le sel est un conservateur, et pour développer son activité vous devez en utiliser des quantités minimales, ou
  2. Les tissus musculaires perdent en consistance et en goût. Il s’agit du jambon dit « chicloso » (caoutchouteux) dans le jargon de la profession.

Ainsi les fabricants qui travaillent à minimiser la concentration en sel et à obtenir ainsi des jambons avec un meilleur goût, savent qu’ils devront sacrifier quelques morceaux. Ils devront donc vendre les autres pièces à un prix plus élevé afin de compenser ces pertes.

9. Marque

Le prestige, l’exclusivité et les campagnes publicitaires affectent directement le prix de vente.

Cárnicas Maldonado a lancé en 2006 une gamme spécifique de jambons nommée Alba Quercus (rebaptisée Albarragena) à 1.500€. Joselito a suivi avec sa gamme Vintage (2.000€) tout comme les Jambons Premium d’Arturo Sánchez (4.000€). Il s’agit naturellement d’éditions à durée limitée, de jambons véritablement bons mais dont la qualité finale justifie difficilement le prix au kilo. Ce sont généralement, dans la réalité, des instruments de campagnes marketing.

Par ailleurs, les fabricants avec des marques fortes savent que les clients sont prêts à payer un peu plus cher la sécurité apportée par leur nom.

10. Distribution

Un jambon de la même marque peut être vendu à des prix très différents dans un magasin ou un autre. Tout le monde ne travaille pas avec les mêmes marges. Le prix du jambon peut être fortement ajusté, mais cela finit par se répercuter sur le service : un coût du transport élevé, une politique de retours très restrictive, un suivi client défaillant …

Le prix final est en grande partie déterminé par le pays de commercialisation. Certains fabricants exigent des vendeurs qu’ils achètent le produit à l’importateur officiel correspondant. Cela implique un environnement non concurrentiel et des prix généralement beaucoup plus élevés que dans le pays d’origine.

11. Période de l’année pour acheter

Le prix du jambon est généralement assez stable tout au long de l’année, toutefois des périodes de pénuries peuvent influencer son prix à la hausse. Cela se produit, par exemple lorsqu’un fabricant a épuisé les pièces d’une campagne et que celles de la suivante sont encore un peu tendres.